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Ahmed Aïna, un pionnier de la technologie IP en Amérique du Nord Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Hassan SERRAJI   
23-02-2008

Ahmed Aïna
Photo : Mehdi BENBOUBAKEUR
Ahmed Aïna est un homme affable et doué dont la vie a été façonnée par sa passion pour le monde et sa bonne étoile. Brillant étudiant en économie, il est un véritable self-made-man qui a su très tôt surfer sur la vague des nouvelles technologies de l'information en essayant d'introduire le minitel au Québec avant de se lancer, avec son partenaire Mohamed El Mohri, dans celle de l'IP et de devancer des leaders mondiaux.

 

Les gens qui vous connaissent bien disent de vous que vous êtes un homme qui aime les voyages et la découverte. Pourquoi?

Je suis de nature curieuse. En fait, depuis 1974, je visitais annuellement l'Europe pour travailler l'été afin de me faire de l'argent de poche et d'être autonome financièrement. C'est de là que m'est venue l'envie de découvrir le monde. À l'université en Algérie, j'avais un poster collé sur le mur de ma chambre et représentant un Mexicain avec un sombréro qui s'adresse à un papillon : « Toi qui as des ailes va voir du pays. » Et ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd ! Ma licence de gestion en main, en 1978, je décide de continuer mes études en Grande-Bretagne. Mais le destin m'a mené plutôt en France

Comment?

De passage chez un cousin à Paris, un copain m'a invité chez lui à Rouen, ville que je n'ai plus quittée, m'inscrivant à un diplôme de troisième cycle (DESS) en gestion d'entreprises, puis à un DEA en affaires internationales. Par la suite, à l'automne 1978, j'ai fait la rencontre du responsable de l'étude de faisabilité du fameux pont entre Le Havre et Honfleur, par hasard dans un café. J'ai été un des premiers à être embauché. J'ai travaillé deux ans durant sur les études de viabilité du projet comme assistant de recherche. Par la suite, j'ai occupé le poste d'enseignant d'économie et de gestion dans un lycée pour le niveau terminal.

Et comment vous-êtes vous retrouvé au Canada?

J'étais inscrit au programme de doctorat en gestion à Rouen mais je voyais qu'il n'y avait pas de débouchés en France. J'ai donc décidé de m'inscrire à l'Université de Montréal pour préparer un PhD en économie. J'ai pu travailler comme assistant de recherche à l'université en économie tout en poursuivant des études en doctorat.

Comment c'était l'immigration à l'époque?

À l'époque c'était plus facile. D'abord, le contexte international le permettait. Ensuite, il y avait peu d'immigrants et presque pas de difficultés pour travailler et s'intégrer. D'ailleurs, la plupart des immigrants étaient très appréciés des Québécois, et le gouvernement de René Lévesque encourageait les étudiants étrangers issus du Maghreb en leur accordant des avantages comme de payer les mêmes frais d'études que les Québécois.

C'était la belle vie?

Oui, en quelque sorte. Il ne faut pas oublier que je ne bénéficiais d'aucune bourse et que je devais travailler à l'université pour subvenir à mes besoins. Par ailleurs, je me rappelle que j'allais carrément reprendre l'avion pour Boston le jour de mon arrivée à cause d'une tempête monstre. C'était le 8 janvier 1982.

Comment se passait la vie entre compatriotes?

J'habitais avec un ami à une centaine de mètres de l'université, sur la rue Jean Brillant qu'on a fini par surnommer Belcourt car plusieurs Algériens boursiers de la SONATRACH y avaient élu domicile. C'était aussi le Mondial de soccer en Espagne où l'Algérie a battu l'Allemagne. C'était très dur pour nous car on était en période d'examens et aucune chaîne ne retransmettait les matches Il fallait aller à Ottawa pour récupérer les journaux et avoir les nouvelles du pays.

Comment ça se fait qu'un économiste comme vous ait brassé des affaires en informatique?

En 1987, j'ai démarré l'entreprise BTI avec mon ami et partenaire Bachir Halimi, lui aussi originaire d'Algérie. Notre concept était d'introduire la technologie du minitel (vidéotex) au Canada en partenariat avec Bell Canada. BTI offrait le logiciel et l'hébergement et Bell le réseau. À l'époque cette technologie, l'ancêtre d'Internet, démarrait en France. En d'autres termes, on offrait des services télématiques comme l'achat en ligne des tickets des matches des Expos au Stade olympique, sur le réseau Admission. Guy Carbonneau, l'actuel entraîneur des Canadiens de Montréal, était l'un de nos collaborateurs dans notre démarche de lancer les services pour le grand public. Il commentait et répondait aux questions des amateurs par vidéotex vers la fin des années 1980.

Mais pourquoi n'avez-vous pas réussi à introduire le minitel ici?

Le minitel a eu un succès fou en France mais pas au Canada car ici les gens payent un forfait fixe pour le téléphone contrairement à l'hexagone. Les Québécois avaient le luxe de tout faire par téléphone. En 1990, Bell a tranché pour le téléphone et a arrêté le réseau. Ainsi, le téléphone a tué le vidéotex.

Comment avez-vous pu vous relancer?

Le destin fait bien les choses. Les Coréens qui suivaient de près nos activités et le développement de la technologie se sont manifestés et Korea Telecom a racheté notre produit. Avec l'argent de la vente on a créé, Halimi et moi, Médiasoft, en 1991. On s'est spécialisé dans le développement de logiciels pour gérer tout ce qui est télécommunication grâce à la technologie Computer Telephony Integration (CTI). On est passé du vidéotex à l'Interactive Voice Response (IVR). Soit le service téléphonique assisté par ordinateur. Le client ne parlait plus à l'humain mais à une machine. C'était le précurseur de la téléphonie IP en Amérique du Nord.

Vous voulez dire que vous êtes derrière la machine qui nous aiguille quand on s'adresse à une compagnie ou une administration par téléphone?

Tout à fait. En 1995, nos premiers clients furent la Banque Royale et l'Université du Québec à Montréal. À l'UQAM, la première heure on a enregistré mille appels qui ont engorgé les 96 lignes téléphoniques mises en place pour l'inscription des étudiants. Ce fut le boum commercial. Médiasoft est devenu leader du CTI en Amérique du Nord avant de la vendre.

Mais pourquoi avez-vous vendu?

C'est une décision d'affaires. Entre 1997 et 2004, il y a eu beaucoup de changements. Intel s'est jointe à notre tour de table et on a fusionné par la suite avec PRIMA télématique pour donner naissance à ELIX, racheté par Bell avant de devenir BCE-ELIX! On a décidé de vendre nos parts en cours de route, soit en 2000, car on n'était plus maîtres à bord.

Et c'est quoi l'histoire de Dialexia?

Au cours de l'année 2000, j'ai recontacté Mohamed El Mohri (voir encadré) qui possédait une compagnie de services de téléphonie sur Internet. On a vu rapidement le potentiel de la technologie IP et on a misé sur une nouvelle façon de faire grâce au nouveau protocole Session Initiation Protocol (SIP) développé par l'Université Colombia de New York. C'est un protocole de communication pour transférer les télécommunications sur Internet. Au début, les gens nous ont traités de fous, mais depuis 2003-2004, des gros joueurs ont abandonné leur propre technologie, comme le cas de Cisco avec Skinny, et ont fini par adopter la technologie SIP.

Fondation Club Avenir
Ahmed Aïna ne pense pas qu'à brasser des contrats. C'est un homme d'affaires qui a aussi –et surtout– la fibre philanthropique. C'est ainsi qu'avec quelques compatriotes, il a lancé, en 2003, la fondation Club Avenir « pour promouvoir l'entrepreneurship et la réussite de tous nos concitoyens issus de l'immigration, explique le cofondateur de la fondation. Nous voulions ainsi sensibiliser les jeunes surtout, les encourager à se lancer en affaires et à y réussir pour servir de modèle. »
Depuis 2004, la Fondation a organisé quatre galas pour honorer les lauréats du Prix d’excellence et du prix jeunesse. « Cette reconnaissance est très importante car elle représente un incitatif de taille pour les jeunes promoteurs à qui nous offrons des bourses afin de les aider à exceller dans tous les domaines, souligne Ahmed Aïna. Depuis le début des galas, plus de 10 000$ ont été octroyés à huit lauréats sous forme de bourses ou de prix comme des billets d’avion. »

www.clubavenir.com

 

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