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Mouna Andraos, une designer dans l'âme Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Hassan SERRAJI   
30-04-2008

Mouna Andraos
Photo : Mehdi BENBOUBAKEUR
Mouna Andraos est une talentueuse jeune designer d'objets et d'installations interactives. Montréalaise d'origine libanaise, elle a travaillé avec différents médias tels que le Web, l'électronique et la vidéo et a réussi à s'imposer sur le plan international en accumulant bourses, résidences et prix. Entretien.

 

Comment êtes-vous devenue Montréalaise?

Quelques mois après ma naissance, ma famille a bougé vers l'ouest (rires)! De 1980 à 1985, nous nous sommes installés en Arabie Saoudite, puis, à Paris de 1985 à 1990, avant qu'on  débarque ici, quand j'avais à peine 11 ans.

Était-ce facile?

J'ai vécu mon immigration d'une façon bizarre. Durant nos six ans à Paris, on savait qu'on n'allait pas faire notre vie en France, mais mes parents n'arrivaient pas à se décider. D'ailleurs, chaque année ils nous inscrivaient à l'école au Liban et en France. Puis mon père a tranché et on a suivi une partie de notre famille déjà installée à Montréal.
Je me rappelle qu'avant d'arriver ici, j'avais eu des appréhensions. Ma cousine, qui avec sa famille nous a précédés, a mal vécu son immigration au Québec. Elle était triste…

C'était votre cas aussi?

Heureusement, non! Dans mon cas, j'avais la chance, dès mon arrivée, d'être inscrite dans une école française au Lycée Marie de France, à Westmount, où j'ai été jusqu'à la fin du secondaire. Je me suis trouvée dans un environnement familier. Cela a atténué mon acculturation et le changement… L'école m'a sauvée, j'y avais des amis et je m'amusais beaucoup. Par la suite, on a déménagé au centre-ville où je me suis inscrite à l'Université Concordia.

Qu'est ce qui vous a mené vers le design?

J'étais une élève douée, toujours parmi les premiers de la classe et à l'aise dans toutes les matières. J'avais donc l'embarras du choix. Paradoxalement, je ne savais pas, au juste, ce que je voulais faire… Mais, j'étais sûre d'une chose, que je ne pratiquerai qu'un métier qui me plairait, qui allait être moi, mon identité et qui me permettrait de créer… surtout pas un boulot de 9 à 5 dans un bureau.
Donc, après mon DEC, j'ai présenté ma demande d'inscription pour différentes branches, tout en espérant suivre une formation dans le cinéma et la communication pour découvrir plein de choses. J'étais à l'époque attirée aussi par tout ce qui était nouvelles technologies.
Durant mon bac, j'ai travaillé comme stagiaire sur de grosses productions cinématographiques à Montréal ainsi que des projets indépendants, mais j'ai été déçue et j'ai découvert que ce n'était pas mon monde. Je n'ai pas aimé le milieu de travail, le machisme qui y régnait et cette manie de trop se prendre au sérieux… J'ai donc prolongé mon bac d'une année exprès pour apprendre la conception des sites web. J'ai vite compris que c'était le métier de l'avenir.
Je me suis consacrée à la conception des sites web et au design d'objets pour en faire mon  gagne-pain, car cela me procurait un sentiment d'indépendance et c'était facile pour moi de performer dans ce domaine. Mes amis étudiants en cinéma ne saisissaient pas mon intérêt pour l'internet et les nouvelles technologies. Je leur répondais : « Vous allez voir, c'est moi qui aurais plus d'ouvrage! »

À voir votre curriculum vitae, ce fut le cas?

Heureusement. Lorsqu'on fait ce qu'on aime, les résultats ne se font pas attendre. Une fois mon bac en poche, j'ai décroché mon premier contrat grâce à mon réseau. Le père de Fadi Attalah, celui qui a lancé Bluesponge en 2000, là où je suis consultante présentement, cherchait quelqu'un pour concevoir un site web. J'ai dit oui sans sourciller même si je n'étais pas prête. J'ai appris sur le tas car je savais que j'étais capable.
Par la suite, j'ai travaillé comme free lance, un contrat à la fois, en se basant sur le bouche-à-oreille. En 2001, j'ai appliqué pour la bourse Multimédia jeunesse créée dans la foulée des propositions présentées au Sommet du Québec et de la jeunesse, tenu en février 2000. Ce programme provincial permettait à des jeunes de 18 à 35 ans de monter et de produire un projet dans le secteur du multimédia et des technologies de l'information. Il suffisait de trouver un projet personnel puis une compagnie pour le parrainer. J'ai présenté un projet sur les interfaces d'entrevues vidéo. Ainsi, j'ai créé mon emploi en intégrant Bluesponge qui a supporté mon projet.
Au Québec on a l'opportunité d'avoir beaucoup de programmes gouvernementaux qui favorisent la création et encourageant beaucoup l'entrepreneuriat à petite échelle. Ce qui permet à des jeunes de créer leur emploi et de mettre un pied à l'étrier.

Que représente Montréal pour vous?

C'est chez moi. Cela paraît comme un cliché, mais j'aime la diversité de la ville, ce côté schizophrène anglais/français qui constitue, paradoxalement, sa force et me rappelle constamment ma propre double identité canadienne et libanaise. C'est une belle place pour s'épanouir artistiquement contrairement à New York où les gens doivent constamment lutter pour survivre à cause de la cherté de la vie. En somme, on a presque tous les avantages d'une métropole sans les inconvénients!

Comment ?

À Montréal, il y a plus de place à prendre… On se sent dans un milieu qui est encore à définir… la marge pour changer la ville est là, pas comme ailleurs dans les autres métropoles où c'est très difficile d'aspirer à changer la ville.

Et le design?

Mon rêve a toujours été de faire quelque chose d'utile qui soit en même temps de la création. Joindre l'utile à l'agréable, quoi! Et le design m'aide à m'exprimer et à m'épanouir tout en gagnant ma vie. Par ailleurs, le design est une partie intégrante de la culture. Il façonne la culture et en est le reflet en même temps… il y a donc un perpétuel dialogue entre la culture et le design qui représente pour moi une source intarissable d'inspiration et me motive à progresser et à être constamment à la quête du meilleur projet.

Avec le recul, est-ce que c'était plus facile pour vous de vous intégrer ici?

Oui. C'est toujours différent pour quelqu'un qui n'est pas de souche. On a plus de choses à prouver. Mais en général, la deuxième génération d'immigrants réussit mieux que la première. On a un réseau ici, on comprend mieux comment la vie fonctionne, et cela aide beaucoup. Dans mon cas par exemple, je suis parfaitement trilingue (anglais, français et arabe) et je me débrouille un peu en espagnol, c'est ça Montréal!

Concernant l'intégration des immigrants, quels seront, selon vous, les défis de demain?

Il faut plutôt dire les surprises de demain! Les défis d'aujourd'hui seront dépassés et plus simples à résoudre, mais on aura d'autres surprises demain. En effet, ici comme ailleurs, les problèmes liés à l'intégration des immigrants vont évoluer car partout dans le monde, les gens bougent.

Et le Liban ?

On garde toujours des liens avec nos origines. J'ai toujours eu une pensée pour le Liban, et ma relation avec mon pays d'origine a constamment évolué durant le temps. J'avais l'habitude de retourner là-bas en famille à chaque accalmie. Et j'ai gardé de mes origines une façon de vivre à l'oriental où le temps est comme suspendu… la culture, la langue, la musique, les couleurs, la sensibilité…

Quels sont vos projets?

Je travaille à mon compte. Je finalise un contrat gouvernemental comme consultante à Bluesponge tout en travaillent sur des projets personnels de design d'objets

 

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