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Au moment où vous lirez cette chronique, le monde, continuant de changer, aura offert bien des options à notre imaginaire mais la réalité de nos rêves et celle de nos espoirs sera encore plus forte.
Nous mesurons l'évolution de nos sociétés, celle de nos civilisations à la manière dont les humains organisent les rapports entre eux et à ce que, depuis quelques années, nous aimons comprendre sous le vocable de gouvernance. Nous avons aussi une façon de structurer la temporalité, notre maîtrise de l'espace, celle de nos émotions, en blocs qui s'accordent avec aisance au rythme des siècles. Séquences qui nous rassurent et permettent une convergence logique entre nos aspirations à échapper au temps et celles à le dompter au gré de nos fantaisies. Il y a quelques années, nous passions, non seulement la frontière entre deux siècles, mais entre millénaires. Une obsession habite l'esprit des peuples, surtout en cette ère de la proximité et de la quasi-ubiquïté, la couleur de nos liens avec les autres, avec les autres nations, avec les autres civilisations, avec les autres pays, avec les autres cultures, avec les autres composantes de nos entités constitutives. La question centrale de l'identité, celle de nos allégeances, de nos appartenances sociales, politiques, intellectuelles, émotives, culturelles, humaines, pour ne plus avoir à parler du mythe des appartenances ethniques, religieuses. De quelle couleur est désormais la fibre qui nous unit et qui produit cette civilisation universelle ? Celle que nous percevons en nous quand nous prenons une certaine distance avec le local, le particulier, le national, quand nous intégrons à nos schèmes mentaux la vision d'une humanité rassemblée, ouverte sur les atouts de la différence, consciente de sa diversité constitutive et, je dirais, une diversité consubstantielle de l'existence de chaque être digne et en projet. L'hiver que nous vivons depuis décembre 2007 nous a bouleversés par sa qualité, sa rigueur et l'impact industriel, économique, psychologique qu'il a sur nos activités, nos projets et notre manière de nous percevoir, d'être au monde aussi, pour nous ainsi que pour les autres. Dans cette perspective et avec un humour nouveau, j'aurais envie de dire que la fibre qui nous unit, cette fibre totale de ce que nous sommes, serons et comment nous sommes perçus et aussi comment nous nous percevons, est blanche. Pour une chronique qui a le nom que vous connaissez désormais, Carte blanche, c'est un pléonasme ! Au Sud de chez nous, quelque chose est en train de se produire qui modifie pour toujours cette société de la modernité. Cette communauté de la diversité de trois cent cinquante millions d'âmes qui, pourtant, il y a seulement quelques décennies très proches, assassinait ses chefs de file des droits humains, tuait ses héros politiques et sociaux, et ne reconnaissait aucun droit à ses citoyens originaires d'Afrique, pourtant parmi les principaux bâtisseurs de la richesse, ceux et celles qui ont eu le mérite d'enrichir par leur apport incommensurable et leur qualité originale, une culture à qui ils ont donné un cachet unique. C'est le pays de William Edward Burghardt Du Bois qui disait, il y a un siècle, que le vingt-et-unième siècle arrivera vraiment lorsque la couleur de la peau ne sera plus une question d'importance, cette ligne de couleur qui a toujours tout conditionné. Le changement est un mouvement que rien ne peut arrêter. On ne court pas après un mouvement, il nous entraîne. Il se produit dans la foulée des prouesses du sénateur Barack Obama, au sein de la campagne des présidentielles américaines, tant de choses qui pourraient constituer une réponse à la prédiction de W.E.B Du Bois. Nous y sommes tous un peu, comme acteurs et comme personnes, solidaires du changement. W.E.B. Du Bois (1868-1963) est l'un des plus importants intellectuels afro-américains. Historien, sociologue, militant des droits civiques, littérateur, théoricien de l'émancipation des Noirs, il est en outre l'un des fondateurs du panafricanisme. Son maître livre, Les âmes du peuple noir, paru en 1903, un grand classique plus de cent fois réédité aux États-Unis, a été traduit en français avec un peu plus d'un siècle de retard en 2004. Du Bois est mort à près de 96 ans, peu après avoir émigré au Ghana, où il était l'hôte de son ami et disciple Kwame N'Krumah. Si ses conceptions ont évolué tout au long de ses quelque soixante-dix ans d'activité intellectuelle et militante, tous les leaders progressistes du mouvement noir américain le reconnaissent comme l'une de leurs influences majeures. Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. SVP, connectez vous ou enregistrez vous. Enregistrez-vous sur le site Recommandez (44) | Citez cet article sur votre site | Suggérer par mail
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